Arrestation à Bamako du célèbre lieutenant d’Antonio Ferrara

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Monument BamakoQui l'eut cru ? Que quelque part, dans un maquis de la capitale malienne se la coulait douce l'un des malfrats les plus recherchés en France. Il s'appelle Issa Traoré poursuivi pour violences volontaires, tentatives de meurtre sur des  policiers français, prises d'otages, vols à main armée, braquages de banques à l'explosif, évasion... Mieux ! Il aurait activement participé, le 12 mars 2003, à l'évasion, la plus spectaculaire de son mentor de la prison de Fresnes, Antonio Ferrara surnommé El Nino, le Jacques Mesrini des temps modernes. Il a été appréhendé par la police malienne.

Connaissant l'homme et les limites sécuritaires de la maison centrale d'arrêt de Bamako, la justice française s'est empressée d'engager une procédure d'extradition. En France justement, il a été classé danger public N° 2 après le Pédophile Jacques Dutrou alors que l’actuel président Nicolas Sarkozy était encore ministre en charge de la sécurité intérieure.

Le Franco-malien originaire de Ségou, (il ne dispose cependant pas de nationalité malienne) est une véritable masse ambulante, cet ancien boxeur du haut de ses 34 ans! Il est surtout téméraire. Il était activement recherché en France, son pays d'accueil pour divers mobiles.

 Le 28 juillet 1999, en compagnie du célèbre braqueur d'origine italienne, Antonio Ferrara, ils ont attaqué à l'explosif  un centre de tri postal.  Poursuivis par la police, ils ont pris deux postiers en otage afin de couvrir leur fuite. La presse française a largement commenté l'affaire : " S'était ensuivie une incroyable course-poursuite ponctuée d'échanges de coups de feu avec la police sur l'autoroute A4 jusqu'au souterrain de Bercy. Là, le braqueur avait menacé un nouvel automobiliste en otage avant de disparaître dans la nature. Issa avait été arrêté à Joinville mais Ferrara n'a été identifié que très tardivement".

Mais comment diantre, pareil phénomène se retrouvera dans la capitale malienne ?

Il parvint plus tard à se soustraire de la garde des policiers pendant que son fidèle compagnon se fera arrêter. Lui, c'est Antonio Ferrara, surnommé El Nino, multirécidiviste s'étant moult fois évadé des  prisons de haute sécurité. Dans le monde de la pègre française, il est respecté et craint. Son évasion spectaculaire du centre de Détention de Fresnes a inspiré de nombreux scénaristes et réalisateurs de films (lire article ci-contre). Le compatriote Issa Traoré est fortement soupçonné par la police française d'avoir pris part à cette spectaculaire évasion. Il disparut par la suite sans laisser la moindre trace. A la faveur du procès en assises d'Antonio Ferrara, il fut condamné par contumace à dix ans de prison. Mais l'histoire ne faisait que commencer.

Narcotrafiquant à Bamako

Le soupçonnant d'être au Mali, la police française alerta les autorités de ce pays et c'est au redoutable Inspecteur Principal de police, Papa Mambi Keïta surnommé l'Epervier du Mandé, que fut confiée la mission de le dénicher et de le mettre hors d'état de nuire. A Bamako, le suspect s'était investi dans le narcotrafic, juste le temps de laisser passer l'orage de l'autre côté. Les boîtes de nuit et autres dancings étaient son terrain de prédilection. Là, il écoulait peinard sa marchandise. 

Il ne se contentait pas du marché malien. Il ravitaillait aussi la France à travers des agences de manutentions et d'exportations, à l'insu de celles-ci bien entendu. Il expédiait les produits dans des emballages presque indétectables par les appareils de contrôle (voir photo).

Pendant plusieurs semaines, les policiers maliens le pistèrent mais sans parvenir à mettre la main sur lui.  Futé, il l'est ! Il s'éclipsait à la moindre anomalie sur les lieux : une présence suspecte, une fausse note, une simple coïncidence…, bref, le plus petit mouvement inhabituel le poussait à se retirer. Il a vivement le flair du danger, une attitude propre aux fugitifs et aux bêtes traquées. Mais au bout de trois semaines de chasse assortie de subterfuges, d'appâts  et de faux-fuyants, il fut arrêté le vendredi 30 avril dernier. Les policiers maliens trouvèrent sur lui le produit de son commerce,  de la cocaïne, minutieusement enfouie dans des sandales en peau de fabrication artisanale qu'il était censé vendre à Bamako et expédier en France comme de  simples produits artisanaux. 

A la suite des investigations, il s'avère que l'homme avait été préalablement arrêté par la Brigade des Stupéfiants et mis à la disposition de la justice malienne. Et puis, plus rien ! L'on ignore par quel miracle, il recouvrit la liberté et reprit de plus belle ses activités.

Aujourd'hui incarcéré à la Maison Centrale de Bamako, il doit être extradé sur la France où les enquêteurs l'attendent impatiemment. Ne voulant prendre le moindre risque parce que n'ignorant rien de ses capacités de nuisance, l'Ambassade de France à Bamako a d'ores et d'jà introduit une procédure pour ce faire, non sans, au préalable, adresser une lettre de félicitation aux autorités maliennes (au ministre Sadio Gassama) et en particulier, aux auteurs de son arrestation. Il s’agit de la Brigade d’Investigation Judiciaire (BIJ) et de son intrépide Inspecteur Principal, surnommé l’Epervier du Mandé. En attendant son extradition, il revient à ses geôliers maliens de veiller au grain. Ils ont sur le bras, un véritable caïd doté d'instinct de tueur. L'opération menée au bazooka et à la lance-roquette à la prison de Fresnes, les prises d'otage et course-poursuite donnent juste un aperçu de la qualité de leur pensionnaire.     

B.S. Diarra/Aurore

Publié dans Mali

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