Après le rachat par les marocains, la Sotelma/Malitel déclare 22 milliards de déficit

Publié le par Oussouf DIAGOLA

 

Sotelma-Mlitel.jpgPendant que les regards sont rivés sur des indicateurs beaucoup encourageants et reluisants, Sotelma-Malitel, contre toute attente, annonce un déficit à des proportions déconcertantes pour l’État et les employés nationaux. Mais les chiffres, selon toute évidence, s’apparentent moins à la réalité qu’à la supercherie, une manœuvre destinée à se soustraire aux obligations fiscales.

 

Le géant malien des télécommunications, non moins opérateur historique de GSM dans le pays, Sotelma-Malitel, fait mine de ne trouver aucun bout du tunnel, en dépit de sa reprise, au prix de centaines de milliards, par Maroc-Télécom. C’est du moins une impression logique qui se dégage d’un rapport financier que les repreneurs de l’entreprise étaient sur le point de faire passer devant le Conseil d’Administration présidé par le compatriote et ancien Ministre Thiam. Cet autre coup de théâtre est intervenu, selon nos sources, il y a deux mois environ, dans le sillage des préparatifs afférents à la tenue de l’instance décisionnelle annuelle de Sotema-Malitel. Dans lesdits documents, en clair, le déficit annuel de l’entreprise est estimé à une incroyable bagatelle comprise entre dix-sept (17) et vingt-deux (22) milliards de nos francs, à en croire les mêmes sources. Une estimation ayant du coup briser tous de grands espoirs qui reposent sur la société, en termes de recettes fiscales, d’amélioration du traitement des salariés et peut-être même de prise en charge partielle du plan social.

 

Seulement voilà : la déclaration d’un  déficit - du moins dans les proportions contenues dans le projet de Rapport annuel des repreneurs marocains - est apparue trop gros pour éveiller les soupçons et la vigilance d’observateurs et collaborateurs très avertis parmi les nationaux. Les documents relatifs au Conseil d’Administration de la Sotelma-Malitel ont ainsi fait l’objet d’un rejet pur et simple et n’ont pu bénéficier des assentiments préalables pour une admission à l’instance décisionnelle. Et pour cause : pour le président du CA, M. Thiam, comme pour le commissaire aux comptes, Moussa Mara, leur contenu s’apparente beaucoup plus à un scénario fictif qu’il ne présente un tableau réel de l’état financier du géant phagocyté par Maroc-Télécom.

 

De source concordante, les repreneurs étrangers, aux fins vraisemblablement d’une soustraction aux fiscs maliens, ont cru devoir tromper la perspicacité des nationaux en ayant recours aux données d’exercices antérieurs. Mais voilà pris qui croyait prendre, car la subtilité eut pour conséquence de différer sine die la tenue du Conseil d’Administration annoncé pour Février dernier et qui se fera visiblement attendre aussi longtemps que traînera le processus d’harmonisation des violons sur les chiffres annuels de l’entreprise. Autre implication non moins intéressante : la situation n’a pas manqué de provoquer le trop plein du vase plus ou moins saturé de ressentiments et de rancœurs à peine contenues dans les rangs des employés nationaux. Ces derniers, qui s’attendaient plutôt au paiement d’un treizième mois, en ont eu pour le compte à un point tel que leur désenchantement a dû déboucher sur quelques grincements de dents sur fond de grogne syndicaliste. Pour calmer le jeu, la nouvelle direction générale, indiquent notre source, a dû lâcher du leste avec à la clef des promesses verbales d’augmentation salariale pour compter de Juin prochain. Cette concession, confie-t-on, n’aura guère suffi pour mettre un terme définitif aux murmures occasionnés par un autre phénomène alarmant. Il s’agit de la présence d’un personnel parallèle assez conséquent, qui jouirait d’un traitement sélectif décrié et très négativement perçu par les nationaux. Et pour cause : c’est aux dépens de ces derniers, semble-t-il, qu’une dizaine d’expatriés marocains, dépourvus de tout statut dans l’organigramme de Sotelma-Malitel, passent leur période des vaches grasses à travers de faramineux avantages en moyens de déplacement et logistiques (véhicules et carburants), en salaires ou honoraires, etc.

 

Cette situation parmi tant d’autres, pour être tirée au clair, nécessite le Conseil d’Administration sur lequel l’incertitude et le suspense vont planer le temps qu’il faudra pour vider le litige autour des chiffres déclarés par Sotema-Malitel pour l’exercice écoulé. L’enjeu est de taille parce que leur validation comme tel pourrait exempter l’entreprise d’obligations fiscales pour trois autres exercices à venir, en plus des avantages déjà difficilement supportables en termes d’exonération sur l’importation de certains équipements.

A suivre…

 

A.     Keïta/L'Aurore

 

Publié dans Mali

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