Mali : Des chefs d'Aqmi ont noué de solides liens avec les populations locales

Publié le par Oussouf DIAGOLA

http://www.africatime.com/data/nouvelles/201295.jpgAl-Qaida s'est emparé, en quelques années, d'un fief solide dans le nord du pays.

Les grandes avenues de Bamako sont pavoisées. Les bordures des trottoirs ont été soigneusement repeintes; le bitume rapiécé une fois de plus. Mercredi, le Mali était tout à la fête du cinquantenaire de son indépendance. Dans les pages des journaux, on ne parle que de cette célébration.

Pas un mot ou presque ne filtre sur l'enlèvement, jeudi, de sept employés d'Areva, dont cinq Français, dans le nord-ouest du Niger. Pas un mot non plus de la revendication du rapt par les hommes d'al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). 

Pour Soumeylou Boubeye Maïga, ancien ministre de l'Intérieur, ce silence est un symbole. «Il y a au Mali un déficit de prise de conscience vis-à-vis du terrorisme», affirme-t-il. Selon une source militaire malienne, les cinq otages français auraient pourtant bien quitté le Niger pour être conduit au Mali. Où? Quand? L'officier avoue n'en avoir aucune idée.

En quelques années, Aqmi a pu se tailler un fief solide dans les vastes confins désertiques du nord du pays, jouant au besoin avec les frontières invisibles et mouvantes des pays voisins. Les premières incursions islamistes, Ahmada ag-Bibi, porte-parole de l'ancienne rébellion touareg qui sévissait près de Kidal dans le nord-est du pays, s'en souvient très bien. «Vers le milieu des années 2000, nous avons commencé à rencontrer des petites patrouilles d'islamistes au cœur du désert. Ils ne faisaient que passer», glisse-t-il.

En 2006, des accords de paix conduiront au désarmement de presque tous les Touaregs. «Des groupes militaires devaient prendre en charge la sécurité de la région. Mais quatre ans plus tard, il n'y a toujours rien et le désert est totalement ouvert à Aqmi», accuse Ahmada ag-Bibi.

Les «barbus» vont utiliser l'âme rétive à l'autorité des habitants et l'absence de toutes structures de l'État malien pour s'enraciner. «Dans ces régions, la pauvreté et le dénuement sont extrêmes. Il est très facile avec une poignée d'euros de gagner la confiance des chefs traditionnels», assure Youba, un responsable de l'opposition malienne.

Au cours des années, Aqmi va tisser des liens de sang par des mariages entre des jeunes locales et ses cadres. À commencer par celui de Mokhtar Belmokhtar, le chef de la katiba (phalange) à l'ouest d'Aqmi, uni avec une femme de Tombouctou. À l'est, les hommes d'Abou Zeid, qui détient aujourd'hui les cinq Français, ont eux aussi fondé des familles. «Ces mariages sont sans doute le problème principal. On assiste à un véritable brassage social. Cela leur assure une vraie protection», analyse Youba.


Caches d'essence 

Les militants islamistes vont dans le même temps adapter les techniques de guérilla à ce théâtre hostile. Fortement armés, montés sur de puissants 4×4 Toyota essence, ils échappent facilement aux véhicules diesel poussifs de rares militaires croisés. Dans le Sahel, des caches d'essence souterraines, d'armes ou d'eau ont été aménagées, dont seuls les chefs connaissent les coordonnées GPS exactes. Au besoin, pour échapper aux satellites ou drones américains, les 500 hommes que compterait Aqmi se divisent en petits groupes. Indétectables.

En février 2008, les premiers otages, deux Autrichiens capturés en Tunisie sont signalés au Mali. Depuis les rapts s'enchaînent, offrant aux islamistes les indispensables sources de financement. À ce business, Aqmi ajoute celui des trafics qui ont toujours fleuri dans la région. On trouve des armes, des cigarettes, mais surtout de la drogue qui transit vers l'Europe ou le Moyen-Orient. Un argent dont tous profitent y compris les Touaregs.

Aqmi n'en oublie pas pour autant sa guerre contre les «régimes impies». Elle donne l'assaut contre les positions de l'armée mauritanienne.

Nouakchott se décide à contre-attaquer. Le 22 juillet, un raid franco-mauritanien au Mali a permis de tuer sept islamistes. Parmi ces derniers ne se trouvait qu'un Algérien, pour un Marocain, deux Maliens et trois Mauritaniens. «Il ne fait aucun doute que la capacité de recrutement sur place d'Aqmi se renforce. C'est devenu un mouvement local», insiste Boubeye Maïga.

Reste que la réponse militaire ne satisfait pas tout le monde. La dernière offensive mauritanienne a conduit à la mort de deux civils. Mohammed ould Fall Mohammed, un notable du nord redoute que d'autres bavures jettent un peu plus encore les populations entre les mains des islamistes. Abdou Salam ag-Assalatt, le responsable politique touareg de la région de Kidal appui, lui, l'idée d'une offensive militaire. «Si l'armée malienne ne fait rien contre Aqmi on finira par le faire seuls», menace-t-il.

Le Figaro (France)

*Le titre est de la rédaction

Publié dans Mali

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