Afrique/Famine : Des chiffres toujours à la hausse

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Famine au SahelLe nombre de personnes en proie à la faim augmente toujours alors que le monde en développement continue de souffrir des conséquences croisées des crises internationales financière et alimentaire, a déclaré Mme Josette Sheeran, directrice exécutive du Programme alimentaire mondiale (PAM), lors d'une récente conférence de presse à Washington.

L'un des effets de la crise financière mondiale sera très prochainement la nécessité impérative pour les décideurs politiques partout dans le monde de faire des choix très difficiles quant aux priorités budgétaires, a-t-elle expliqué. « Nous sommes convaincus qu'il nous incombe par conséquent de souligner l'importance de prévenir la faim et la famine, et de passer à l'action au niveau mondial. »

« Le message difficile que nous devons transmettre cette année est que la pression ne s'est pas relâchée. Nous devons garder le même niveau d'activités dans certaines des régions les plus touchées du monde et continuer à expliquer que les crises alimentaire et financière sévissent encore et que nous nous attendons à ce que les choses deviennent encore plus difficiles dans certains endroits au cours des prochains mois. »

Le Sud-Soudan est l'une de ces régions, a dit Mme Sheeran, où le PAM fournit des vivres à quatre millions de personnes. Ajoutez à cela les conséquences combinées de la sécheresse, du conflit et de la baisse des revenus due à la situation économique en général et le PAM devra effectuer des interventions de plus grande envergure pour atténuer les souffrances de la population, a dit Mme Sheeran.

La Somalie est un autre exemple de cette situation, de même que le Pakistan, l'Afghanistan et le Yémen, a-t-elle ajouté.

« Je ne voudrais rien de mieux que de vous dire que nous sommes sortis de l'auberge (en ce qui concerne le problème de la faim), que nous avons atteint nos objectifs et que les chiffres de la faim avancent dans la bonne direction, mais ce n'est pas le cas actuellement. Alors, et certainement dans le cas du Programme alimentaire mondiale, nous faisons l'objet de beaucoup de pressions dans un climat qui devient de plus en plus difficile, et cela en dit long sur la situation actuelle. »

Les spécialistes du PAM en matière de logistique et de programmes ont décrit la situation en Haïti après le passage du séisme en janvier comme étant la plus difficile à laquelle cette organisation ait jamais été confrontée, a indiqué Mme Sheeran. Malgré cela, les services offerts par le PAM ont été une réussite. « Nous n'avons pas vu les gens vivre dans la famine. L'intervention a été massive et nous avons pu distribuer des vivres à 2,5 millions de personnes et stabiliser la situation. Maintenant, je pense qu'il s'agit de transformer cette opération de distribution de vivres en efforts visant la sécurité alimentaire durable » par le biais de programmes tels « vivres contre travail » et « argent contre travail ». Vingt-six mille personnes participent déjà à ces activités et ce chiffre devrait atteindre 70.000 d'ici la fin de mai, prévoit Mme Sheeran.

Le PAM demeure sur le qui-vive contre la faim dans le monde et le danger que celle-ci pourrait avoir sur la stabilité des pays, a-t-elle souligné, ajoutant que le Programme mondial d'agriculture et de sécurité alimentaire, annoncé le 22 avril, était une initiative très utile. Dans ce cadre, le principal groupe initial des ministres des finances des États-Unis, du Canada, de l'Espagne et de la Corée du Sud et des responsables de la fondation Bill et Melinda Gates se sont réunis le 22 avril au ministère des finances américain pour annoncer une première contribution de 880 millions de dollars à un nouveau fonds contre la faim et la pauvreté dans le monde et pour discuter des moyens d'encourager les contributions des secteurs public et privé de par le monde.

Le fonds comptera 475 millions de dollars que les États-Unis se sont engagés à fournir, un élément clé de l'initiative du gouvernement Obama en faveur de l'amélioration de la sécurité alimentaire dans les pays pauvres.

Le Programme mondial d'agriculture et de sécurité alimentaire, a expliqué Mme Sheeran, visera à promouvoir les investissements durables dans la production agricole mais aussi l'accès de la population à la nourriture. « L'accès à des aliments nutritifs abordables, qui prend en considération la valeur ajoutée de la production agricole et la chaîne de l'alimentation, est très important. »

Le PAM doit maintenant se focaliser sur deux objectifs clés, a dit Mme Sheeran : les besoins urgents en vivres de par le monde qui ne diminuent nullement et la nécessité d'Ã "uvrer de concert avec les pays « qui seront les prochains à briser le cycle de la faim » en réussissant à renverser la tendance actuelle d'une aggravation de ce problème dans le monde.

« Il existe une nouvelle génération de pays tels que le Rwanda et le Malawi qui réussiront, comme l'ont fait récemment le Brésil, la Chine et le Chili, plus ou moins au cours de la dernière décennie, à accomplir des progrès considérables dans la lutte contre la faim chronique », a indiqué Mme Sheeran.

En conclusion, elle a déclaré : « Nous devons maintenir le thème de la sécurité alimentaire à la tête de l'ordre du jour mondial. (...) La faim demeure l'un des plus grands défis auxquels l'humanité est confrontée. Je pense que c'est une bataille qu'il est possible de remporter, et je pense qu'elle peut l'être d'ici une génération, mais il sera nécessaire de trouver et de mettre en vigueur des solutions novatrices durables tout en continuant à intervenir dans les situations d'urgence. »

En tant qu'organisme principal de lutte contre la faim de l'ONU, le PAM est sans cesse appelé à intervenir dans les crises alimentaires de par le monde. En 2010, le PAM s'attend à apporter son assistance à plus de 90 millions de personnes dans 73 pays.

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