50 ans du Mali : Un témoin de la révolte populaire de 1991 donne un avant-goût du livre qu'il finalise

Publié le par Oussouf DIAGOLA

 

http://www.kulone.com/Thumb/Event/500x420/7d91a8ec-7187-44c9-b214-8a6cd17a6856.jpgLe journaliste Thierry Perret prépare une monographie sur le Mali qui sera publié en 2011 aux éditions Karthala dans une collection consacrée aux livres de voyage, mais faisant des introductions à l’histoire et la culture, ainsi qu’à la situation actuelle des pays et de leurs peuples pour faciliter une bonne connaissance du pays concerné pour le grand public. Sobrement intitulé ''Le Mali'', ce livre document tentera de suivre le cheminement du Mali. Un blog est déjà ouvert pour apporter d'autres informations complémentaires pour éclairer et enrichir le contenu du livre. Le texte, en guise d'introduction, ci-dessous y est extrait,

 

C’est une histoire avec le Mali… qui commence peu avant le grand mouvement de démocratisation de l’Afrique dans les années 1990. Le journaliste – personnage ordinairement sans histoires, si ce n’est celle des autres – peut se dire bienheureux s’il a le sentiment de croiser des événements qui ne sont plus seulement des fragments d’actualité, mais composent instantanément un tout ; en l’occurrence le tableau d’une histoire en train de se faire. Ce fut, et avec émotion, ma perception dans ces heures turbulentes de la décennie d’après-guerre froide, qui firent alors entrer l’Afrique dans une nouvelle ère : après celle de l’immobilisme et de la gestion autoritaire des hommes et des esprits, l’ère du changement, de son dynamisme, et de ses incertitudes.

De cette expérience d’observateur, deux temps forts surtout se détachent : la révolution malienne de mars 1991, « couverte » comme journaliste du seul média de masse qu’est RFI dans cette partie de l’Afrique. Autant dire en un sens comme acteur, quoique involontaire : la radio publique française a sans aucun doute pesé sur les événements tout en les relayant. Autre grand moment, les premières élections multiraciales en Afrique du Sud, en 1994, vécu comme envoyé spécial après quatre années passées en Afrique de l’ouest .

On aura du mal, après cela, à entretenir  la petite mélodie du défaitisme si souvent entendue, à propos de l’ Afrique. Pourtant, il y aurait de quoi. Au moment même où la « belle histoire » sud africaine émerveillait l’opinion internationale, celle-ci  prenait avec gêne la mesure du génocide rwandais, dont l’explosion presque simultanée ouvrait la longue phase des soubresauts africains. Le désespoir des mille et une collines voisinait avec la magnifique lumière post apartheid…  étonnant contraste,  qui annonçait les soubresauts  à venir sur le continent.

Soit : que la démocratie et l’émancipation furent imparfaites, car affaire de créatures très soucieuses de leurs intérêts immédiats, dans un tourbillon d’événements peu favorables à la sérénité dont rêvent les nantis. Que l’Afrique ait basculé au fil des années dans la chronique des guerres et des incivilités sans nombre,  personne ne voudra nier les faits. Mais la réalité est aussi celle-ci : l’Afrique bouge, l’Afrique se déplace à grandes secousses, et il faut savoir embrasser  l’assez longue durée du mouvement.  Pour  reconnaître que la production de l’histoire est toujours inattendue et bien peu correcte.

Le génocide rwandais – que trop d’auteurs, y compris des collègues talentueux, ont voulu faire entrer dans la banalisation des massacres interafricains –  fut une page d’horreur absolue et demeurera comme une césure dans l’histoire mondiale. En tant que telle il servira à rappeler ce que valent les hommes (et accessoirement de quelle ignominie sont faites les relations internationales) ; il n’en demeure pas moins qu’à Kigali s’est élevée sur les décombres humains une expérience, pour l’heure sans guère d’équivalent, de prise en main de sa destinée par un État africain qui se sait acculé, sans retour,  à la construction de l’avenir.

Revenons à notre (à) propos. D’avoir découvert un pays comme le Mali aux heures fiévreuses de la révolte populaire – peu de pays d’Afrique ont connu à vrai dire ce passage insurrectionnel – et d’y avoir exercé le bizarre métier  de témoin appointé, incontestablement voilà qui crée des « liens ». Avec les lieux,  vus et revus, et leur décor vivace où tant de souvenirs s’attachent ; avec des hommes et des femmes, hier plus ou moins anonymes, aujourd’hui devenus de plus ou moins grands acteurs. Et cela confère un regard quelque peu aiguisé, s’il s’agit de juger  du statisme, des inerties et des échecs, à quoi l’on reconnaît qu’une société est cohérente autant que difficile à réformer.

La compréhension du présent passe, on le sait mais il faut toujours le rappeler, par l’histoire. Autre chance ici : plus qu’un autre, le Mali est pays d’histoire et de ses profondeurs.

Maliblog

Publié dans Mali

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