25ème SOMMET AFRIQUE-FRANCE : Et voilà le temps des affaires

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Le 25ème sommet Afrique-France s'est ouvert hier à Nice (France) en présence de 33 chefs d'état et 5 chefs de gouvernement d'Afrique. Le président français Nicolas Sarkozy qui recevait ainsi pour la première fois ses pairs africains « entre dans l'histoire » de ce rendez-vous devenu presque comme un rituel depuis son instauration en 1973 par Pompidou.

En ouvrant les travaux de cette rencontre au sommet entre dirigeants africains et français, l'hôte Nicolas Sarkozy a créé la surprise en annonçant vouloir « en finir avec 50 ans de Françafrique » et de faire de l’année 2010 « la véritable année de la décolonisation ». Évoquant, la place de l'Afrique dans la gouvernance mondiale, le président français demandera à « faire une place » au continent avançant que « aucun des grands problèmes auxquels notre monde est confronté ne pourra trouver de solution sans la participation active du continent africain […] longtemps en marge, [mais qui] s'impose chaque jour davantage comme un acteur absolument majeur de la vie internationale. Le formidable dynamisme démographique de l'Afrique, ses ressources considérables en font la principale réserve de croissance de l'économie mondiale pour les décennies à venir. » Nicolas Sarkozy s'est dit « intimement convaincu qu'il n'est plus possible d'évoquer les grandes questions du monde sans la présence de l'Afrique. »

Le président égyptien Hosni Moubarak, qui copréside le sommet, - c'était lui qui devait organiser ce 25ème sommet avant les aléas de la diplomatie internationale ne l'oblige à décliner l'offre - a aussi plaidé pour une meilleure représentation de l'Afrique déclarant que « nous voulons à tout prix mettre fin à la marginalisation dont souffre le continent africain, pour qu'il puisse participer d'une voix claire et forte à la prise de décision politique et économique, au niveau international. »

On notera que la veille, les ministres des affaires étaient réunis sur la problématique mais vraisemblablement les positions étaient si éloignées que le ministre français des affaires étrangères était obligé de concéder à la presse qu'il n'y a pas eu de solution satisfaisante. Des diplomates africains ont confié que les débats ont été « très agités » voire « houleux » pour certains et parfois « très dure ». Faisant fi de formes diplomatiques de convenance, un représentant gabonais affirmera que « la discussion a très mal démarré. Certains ont mis en cause la légitimité de la France à lancer ce débat, »

Et c'est le président congolais Denis Sassou Nguesso, une grosse pointure de la rencontre qui déclarera que « on ne peut pas continuer à se réunir sans l'Afrique et prendre des décisions sans l'Afrique pour le compte du monde entier » ajoutant que c'est « l'Afrique [qui]décidera quels pays devraient la représenter au Conseil de sécurité. »

Le renforcement de la paix et de la sécurité à travers trois enjeux que sont le soutien possible à apporter au système africain de sécurité collective (les Forces Africaines en Attente) ; l’intérêt commun de la France, de l’Europe et de l’Afrique à lutter ensemble contre des menaces transnationales (terrorisme, trafic de drogues, piraterie) et les moyens de régler les crises institutionnelles sur le continent africain, forme avec la problématique du climat le triptyque de sujet politique.

L'Élysée annonçait que ce sommet sera celui du renouveau en ce sens que l'une des thématiques principales porte sur le rôle des entreprises et des investissements dans le développement du continent. Paris a donc convié 65 entrepreneurs français et 133 entrepreneurs africains, venant de toutes les régions du continent, pour participer aux travaux, de même que des organisations syndicales. « une première dans l’histoire des Sommets Afrique - France » tient à souligner le ministère français des affaires étrangères qui a par ailleurs tenu à ce que les présidents du Nigeria et d'Afrique du Sud, deux poids lourds économiques du continent, soient présents à Nice pendant les deux jours que durera le Sommet. Ils sont les seuls à pouvoir avoir un tête-à-tête avec Nicolas Sarkozy.

Dans l'après-midi de la première journée, des représentants des entreprises et des syndicats ont planché sur l’environnement des affaires, le financement des entreprises en Afrique, la formation professionnelle, la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, les sources d’énergie de demain. Ces cinq ateliers ont été présidés par des ministres.

Avec un taux de croissance annuelle de 5% plus fort que la moyenne dans le reste du monde qui s'établit à 4%, l'Afrique constitue désormais une niche pour l'économie mondiale. Si l'on sait que la France perd chaque année de son influence politique sur le continent, avec seulement 5% des échanges mondiaux avec le continent contre 40% au début des années 60, l'on comprend mieux pourquoi «  la France a tout intérêt, si elle veut garder des liens privilégiés, à redéfinir sa politique africaine » comme l'écrivait Midi-Pyrénéen, un journal régional qui pronostique que « dans le demi-siècle qui s'annonce, le continent noir sera incontournable. Il comptera deux milliards d'habitants. Les plus grandes superficies de terre. Les plus importantes ressources naturelles. Il est donc temps de refaire des affaires avec l'Afrique. Des vraies affaires, cette fois ». Aux Africains donc de ne pas confondre affaires et affairisme.

 

 

 

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